Âge biologique: définition, méthodes de mesure et leviers d’action en prévention
Série Âge Biologique — Biomarqueurs cliniques du vieillissement biologique (Épisode 1)
L’âge chronologique (le nombre d’années depuis la naissance) reste un repère utile, mais il n’explique pas à lui seul la diversité des trajectoires de santé. À âge chronologique identique, des différences importantes peuvent exister sur le plan inflammatoire, métabolique, hématologique, rénal ou hépatique. L’âge biologique vise à estimer ce vieillissement physiologique à partir d’indicateurs mesurables, associés à des issues de santé pertinentes. [1]
Medfuture propose le Profil Âge Biologique, une démarche structurée visant à estimer l’âge biologique à l’aide de modèles reconnus en recherche en longévité, dont DNAm PhenoAge. Pour une présentation détaillée de l’approche DNAm PhenoAge, il est possible de consulter la page Test d’âge biologique DNAm PhenoAge.
Profil Âge Biologique Medfuture
Une mesure d’âge biologique prend tout son sens lorsqu’elle s’inscrit dans une démarche de prévention structurée : comprendre ce que la science mesure réellement, situer une trajectoire biologique, puis suivre l’évolution dans le temps.
Définition : âge chronologique et âge biologique
L’âge chronologique correspond au temps écoulé depuis la naissance. Il décrit un repère populationnel, mais ne reflète pas nécessairement l’état biologique réel d’un individu.
L’âge biologique vise à estimer le vieillissement physiologique à partir d’indicateurs mesurables : biomarqueurs cliniques (prise de sang) et/ou signatures moléculaires telles que la méthylation de l’ADN. Les approches diffèrent, mais une idée demeure centrale : capter des différences interindividuelles de vieillissement au-delà de l’âge chronologique. [1]
Pourquoi mesurer l’âge biologique en prévention?
En prévention, l’objectif n’est pas uniquement d’augmenter l’espérance de vie, mais de préserver un bon état de santé fonctionnelle au fil des années. Une mesure d’âge biologique pertinente devrait, idéalement :
- refléter plusieurs systèmes biologiques (inflammation, métabolisme, fonctions rénale/hépatique, hématologie);
- être associée à des issues de santé pertinentes (morbidité, mortalité, déclin fonctionnel);
- permettre un suivi longitudinal.
Cette logique explique l’intérêt scientifique pour les modèles fondés sur des biomarqueurs et pour certaines horloges épigénétiques, conçus et validés à partir de cohortes de grande taille. [1]
Méthodes de mesure : biomarqueurs cliniques et épigénétique
Modèles fondés sur des biomarqueurs cliniques
Ces modèles combinent des paramètres biologiques courants (analyses sanguines) pour produire un score statistique associé à des issues de santé. L’intérêt clinique réside notamment dans la possibilité de relier le score à des systèmes biologiques identifiables.
Horloges épigénétiques basées sur la méthylation de l’ADN
La méthylation de l’ADN varie avec l’âge et avec l’état biologique. Des modèles dits « horloges épigénétiques » utilisent des profils de méthylation (sites CpG) pour estimer un âge épigénétique. Certaines horloges prédisent surtout l’âge chronologique; d’autres ont été calibrées pour mieux refléter des issues liées au vieillissement.
PhenoAge : un âge biologique construit à partir d’une prise de sang
Phenotypic Age (PhenoAge) est une mesure exprimée en « années » combinant l’âge chronologique et neuf biomarqueurs sanguins, sélectionnés pour leur contribution à la prédiction du risque de mortalité. [2]
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Biomarqueurs intégrés au modèle PhenoAge
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Dans une étude publiée dans PLOS Medicine, une augmentation d’un an de PhenoAge (après ajustement pour l’âge chronologique) a été associée à une augmentation d’environ 9 % du risque de mortalité toutes causes (hazard ratio ~1,09). [2] Ce type de résultat illustre un principe important : à âge chronologique égal, certaines signatures biologiques correspondent à une trajectoire de risque plus défavorable.
Cette série s’appuie sur des modèles reconnus en recherche en longévité. Le Profil Âge Biologique Medfuture permet d’appliquer ces méthodes dans une démarche structurée.
Horloges épigénétiques : principes et limites
Les horloges épigénétiques fondatrices ont démontré que la méthylation de l’ADN peut estimer l’âge chronologique avec une précision élevée. Deux travaux fondateurs sont fréquemment cités :
- Horvath (2013) : horloge multi‑tissus basée sur 353 sites CpG. [3]
- Hannum (2013) : modèle sanguin basé sur 71 sites CpG. [4]
Toutefois, prédire l’âge chronologique n’est pas équivalent à capturer le risque lié au vieillissement. C’est pourquoi certaines horloges plus récentes ont été calibrées afin de mieux refléter des issues cliniques pertinentes.
DNAm PhenoAge : une horloge épigénétique calibrée sur des biomarqueurs cliniques
DNAm PhenoAge relie directement biomarqueurs cliniques et épigénétique. Le modèle est construit en deux étapes : (1) un âge phénotypique basé sur biomarqueurs (PhenoAge), puis (2) un modèle de méthylation de l’ADN entraîné pour prédire cet âge phénotypique. [5]
DNAm PhenoAge s’appuie sur 513 sites CpG. [5] Dans une analyse regroupant plusieurs cohortes, une augmentation d’un an de DNAm PhenoAge a été associée à environ 4,5 % d’augmentation du risque de mortalité toutes causes, indépendamment de l’âge chronologique (HR ~1,045). [5]
Ces données soutiennent l’idée qu’une « accélération » de l’âge épigénétique, telle que captée par DNAm PhenoAge, est associée à une trajectoire de risque plus défavorable dans de grandes cohortes, sans constituer un diagnostic médical.
Âge biologique et hygiène de vie : ce que montrent les données
Les modèles d’âge biologique tels que PhenoAge et DNAm PhenoAge décrivent une photographie biologique à un moment donné. Dans les cohortes étudiées, un âge biologique plus favorable est généralement observé lorsque les paramètres biologiques associés au vieillissement se situent dans un profil compatible avec une bonne santé globale. [2][5]
À l’inverse, un âge biologique plus élevé est plus fréquemment associé à l’accumulation de facteurs de risque biologiques, notamment l’inflammation chronique, les déséquilibres métaboliques ou certaines altérations hématologiques. [2][5]
Dans une démarche de prévention, l’intérêt principal de l’âge biologique réside dans sa capacité à objectiver un profil multi‑systèmes et à soutenir un suivi longitudinal des facteurs de santé, plutôt que dans la recherche d’un chiffre isolé.
Interprétation clinique : utiliser un score d’âge biologique de manière pertinente

Ce qu’un score peut apporter
- un signal synthétique multi‑systèmes cohérent avec des facteurs de risque biologiques;
- un support de priorisation (inflammation, métabolisme, hématologie, fonctions rénale/hépatique);
- un cadre pour suivre une trajectoire dans le temps, particulièrement lorsqu’il est mis en perspective avec ses biomarqueurs. [1][2][5]
Ce qu’un score ne remplace pas
- un diagnostic médical;
- l’interprétation individualisée tenant compte des symptômes, antécédents et traitements;
- le jugement clinique lorsqu’un résultat exige un suivi.
Note informative
Cet article est fourni à des fins éducatives et ne remplace pas une consultation médicale. Les résultats biologiques doivent être interprétés dans un contexte clinique global.
À quelle fréquence mesurer l’âge biologique?
La valeur d’une mesure d’âge biologique augmente lorsqu’elle s’inscrit dans un suivi longitudinal plutôt que dans une lecture isolée. En prévention, une cadence annuelle est fréquemment utilisée pour observer une trajectoire; l’intervalle optimal dépend toutefois du contexte et des objectifs de suivi.
Série Âge Biologique : biomarqueurs abordés dans les prochains articles
Cette série analysera les biomarqueurs intégrés au modèle PhenoAge, selon une structure constante : définition, mécanismes biologiques plausibles, associations documentées, causes fréquentes de variation, et leviers de prévention réalistes.
- Protéine C‑réactive (CRP)
- Albumine
- Créatinine
- Glucose
- Pourcentage de lymphocytes
- Phosphatase alcaline
- Volume corpusculaire moyen (VCM)
- Numération leucocytaire (globules blancs)
- Largeur de distribution des globules rouges (RDW)
FAQ — Questions fréquentes sur l’âge biologique
Quelle est la différence entre âge chronologique et âge biologique?
L’âge chronologique mesure le temps écoulé depuis la naissance. L’âge biologique vise à estimer le vieillissement physiologique à partir de biomarqueurs et/ou de signatures moléculaires, afin de mieux refléter la variabilité individuelle du vieillissement. [1]
L’âge biologique est-il fiable?
La fiabilité dépend de la méthode utilisée. Des modèles tels que PhenoAge et DNAm PhenoAge ont été développés et validés dans de grandes cohortes, avec des associations robustes à la mortalité et à des indicateurs de santé. [2][5]
Peut-on améliorer son âge biologique?
Les études observationnelles montrent qu’un âge biologique (ou un score) plus favorable est plus fréquemment observé chez les personnes présentant une meilleure hygiène de vie et un profil biologique compatible avec une bonne santé globale (par exemple, inflammation plus basse et meilleur équilibre métabolique). À l’inverse, des scores moins favorables sont plus souvent observés en présence de facteurs de risque biologiques tels qu’une inflammation chronique ou certains déséquilibres métaboliques et hématologiques. [1][5]
Toutefois, ces associations ne constituent pas, à elles seules, une preuve de causalité. L’approche la plus pertinente en prévention demeure une démarche structurée : mesurer, agir sur les facteurs de risque modifiables, puis re‑mesurer dans le temps. [1][5]
Pourquoi analyser les biomarqueurs individuellement si un score les combine déjà?
Un score synthétique devient plus utile lorsqu’il est interprété à la lumière de ses composantes. Comprendre les systèmes biologiques impliqués aide à prioriser des actions de prévention cohérentes. [2]
Références scientifiques
- Jylhävä J, Pedersen NL, Hägg S. Biological Age Predictors. EBioMedicine. 2017;21:29–36. doi:10.1016/j.ebiom.2017.03.046.
- Liu Z, Kuo P‑L, Horvath S, Crimmins E, Ferrucci L, Levine ME. A new aging measure captures morbidity and mortality risk across diverse subpopulations from NHANES IV: A cohort study. PLOS Medicine. 2018;15(12):e1002718. doi:10.1371/journal.pmed.1002718.
- Horvath S. DNA methylation age of human tissues and cell types. Genome Biology. 2013;14:R115. doi:10.1186/gb-2013-14-10-r115.
- Hannum G, Guinney J, Zhao L, et al. Genome-wide Methylation Profiles Reveal Quantitative Views of Human Aging Rates. Molecular Cell. 2013;49(2):359–367. doi:10.1016/j.molcel.2012.10.016.
- Levine ME, Lu AT, Quach A, et al. An epigenetic biomarker of aging for lifespan and healthspan. Aging (Albany NY). 2018;10(4):573–591. doi:10.18632/aging.101414.
